Une brève étymologie de la performance

S’intéresser à l’histoire d’un mot, à l’évolution de son sens, à sa trajectoire dans le temps et dans l’espace réserve toujours des surprises. Le mot « performance » en est un bon exemple.

« Performance » est introduit en France au XIXème siècle ; c’est un mot anglais, issu du vocabulaire sportif, au départ cantonné aux performances…des chevaux de course ! En anglais performance est un substantif du verbe perfom, abréviation de l’anglo-normand performer, lui-même issu de l’ancien français parfourmer. Autrement dit, le terme a traversé la Manche il y a plus de mille ans, lorsque Guillaume le Conquérant s’installe en Angleterre avec ses vassaux. La langue française continuera d’être utilisée pendant des siècles à la cour d’Angleterre, notamment parce que les rois successifs se marieront fréquemment avec des princesses françaises, dont la plus célèbre est Aliénor d’Aquitaine. Ainsi, on retrouve parfourmer dans une loi édictée en rançais au XIVème siècle par le roi d’Angleterre Edouard III : Et que il plese a nostre seigneur le roy de parfourmer la grace qu’elle y a promys (« qu’il plaise à notre seigneur roi d’accomplir la grâce promise »). Quant aux racines de parfourmer (à prononcer en roulant les « r » et en prononçant la finale, ce qui donne quelque chose comme parrrfourrrmère…), elles proviennent probablement du latin perficere signifie faire complètement, achever, sens assez proche, en français actuel, de verbe parfaire.

Donc :

Performance est utilisé dès le XVIème siècle en Angleterre dans le monde du théâtre. Une performance est alors un spectacle, une représentation, sens qui existe toujours dans l’anglais d’aujourd’hui. Ainsi, a performance anxiety désigne…le trac.

En français, le grand Larousse définit en 1922 la performance comme le « Résultat obtenu dans chacune de ses exhibitions par un cheval de course, un champion quelconque : une magnifique performance. » A cette époque, le terme est encore réservé à la sphère sportive, mais progressivement le terme est appliqué aux athlètes eux-mêmes, ou à leur outil : on parle de la performance d’une voiture de course. La notion de performance artistique, venue de l’anglais, se diffuse progressivement dans les années 60-70.  Elle découle de l’utilisation théâtrale du mot : il s’agit d’une action réalisée par un artiste, ayant souvent un caractère unique, en général devant des spectateurs.

En français, quand la performance a rejoint le champ du vocabulaire managérial, c’est assez naturellement l’aspect sportif qui l’a emporté : selon le CNRTL (centre national de ressources textuelles et lexicale) les deux synonymes les plus pertinents du mot performance sont « exploit » et « prouesse ».

Mais soyons vigilant sur les nuances linguistiques ! en effet, en anglais, la performance conserve le plus souvent son sens « classique », à savoir le résultat d’une action, sa réalisation ou sa description : Sterling performance on the Stock Exchange se traduit par le comportement en bourse de la livre sterling.

Dans une certaine mesure, performance est donc un faux-ami. Cela permet aussi de relativiser les invocations si fréquentes à la performance : Dans le sport comme dans la vie, une performance, autrement dit un exploit, une prouesse, est rare, elle doit être préparée soigneusement, et elle ne peut pas être un état permanent…

Cet article a été publié initialement sur linkedin le 28 janvier 2017

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