Montesquieu, la démocratie et le suffrage universel

 

Afin de préparer une conférence sur l’origine du suffrage universel, je me suis replongé dans les idées de Montesquieu.

Montesquieu, on l’a tous appris à l’école, a développé de la théorie de la séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). Né en 1689, il vit sa jeunesse sous la fin du règne de Louis XIV, devient jeune adulte sous la Régence et vieillit sous Louis XV. De Montesquieu, on connait surtout les Lettres persanes, savoureux échange entre deux persans, Usbek et Rica, et une œuvre théorique majeure, l’Esprit des Lois (1748). Ce dernier ouvrage permet de comprendre sa position sur le suffrage universel.

Pour Montesquieu, l’important est d’éviter à tout prix le despotisme, c’est-à-dire l’absence de contre-pouvoir. Pour cela, il imagine un système très éloigné de notre conception actuelle de la démocratie : une sorte de co-souveraineté entre les trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), qui ne doivent pas être entre les mêmes mains. Montesquieu ne dit pas que cette séparation doit nécessairement être étanche. La clef d’une bonne gouvernance est dans l’équilibre, l’existence de contre-pouvoirs. Les trois forces sociales qu’il distingue (le roi, le peuple et l’aristocratie) doivent être complémentaires, et si l’une d’elle a trop d’influence sur les autres, c’est la porte ouverte au despotisme (si le roi l’emporte) ou à la démagogie (si c’est le peuple). Aristocrate lui-même (« j’ai 350 ans de noblesse prouvée » disait-il), il considère l’aristocratie comme la force sociale la plus stable. Il semble donner sa préférence à une sorte de république aristocratique, telle la République de Venise, avec une aristocratie qui serait très large (« Plus une aristocratie approchera de la démocratie, plus elle sera parfaite ; elle le deviendra moins à mesure qu’elle approchera de la monarchie »).

S’il est libéral, au sens politique du terme, Montesquieu n’est pas démocrate pour autant : il n’envisage pas pouvoir mettre en place une république démocratique, telle Athènes sous l’Antiquité, à l’échelle d’un pays. La démocratie (du grec démos, le peuple, et kratos, le pouvoir) où chaque citoyen a le droit de s’exprimer sur les affaires, ne lui convient pas : pour lui, il ne faut pas confondre le peuple et la populace, et il faut refuser le droit de vote à ceux qui sont dans un trop profond « état de bassesse » ; « dans le gouvernement, même populaire, la puissance ne doit pas tomber entre les mains du bas peuple ». En cela, il reste dans son époque.

Montesquieu défend donc ce qu’on appelle le suffrage censitaire, excluant les plus pauvres de la démocratie. C’est d’ailleurs ce système qui est mis en place par les Révolutionnaires de 1789. En cela, la pensée de Montesquieu n’a rien d’original : la plupart de ses contemporains, dont Voltaire, pensaient la même chose.

Pourquoi ? Ça, c’est une autre histoire…

Cet article a été publié initialement sur linkedin le 4 janvier 2017

 

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